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Qu’est-ce qu’une approche transversale ?

Une approche transversale aborde un sujet complexe en puisant des solutions dans plusieurs disciplines de domaines différents et en les coordonnant.

Joseph Bismuth 12 min de lecture
approche transversale

Une approche transversale est une façon d’aborder un sujet complexe en puisant des solutions dans plusieurs disciplines issues de domaines différents. Elle ne cherche pas à faire une liste de solutions pour les confronter, mais plutôt à trouver une cohérence entre elles et à les coordonner pour répondre le plus efficacement à cet enjeu. Elle s’impose quand le sujet lui-même est à la croisée de domaines d’ordres différents, ce qui est le cas du système nerveux, carrefour du corps et de l’esprit.

Un mot qui veut dire « au travers »

Transversal vient du latin transversus, formé de trans, à travers, et de vertere, tourner. Ce qui est transversal ne contourne pas l’objet, il le traverse en son milieu.

À travers les âges, la connaissance humaine s’est construite à partir de deux grands domaines :

  • d’un côté celui de l’empirisme, issu de l’expérience et de la mémoire qui donnent naissance aux intuitions,
  • et de l’autre, celui de la science, issu des capacités d’analyse et de logique de l’intellect qui donnent naissance au raisonnement.

Les chercheurs scientifiques expriment bien le lien si étroit qui existe entre théorie scientifique et expérience. Ils se nourrissent de l’une et de l’autre dans un jeu de ping-pong indispensable pour parvenir à établir une découverte majeure dans leur recherche. C’est ce qu’Albert Einstein exprime dans « cette éternelle confrontation entre les deux composantes de notre savoir : empirisme et raison ».

Une approche transversale va notamment s’appuyer sur ces deux domaines de la connaissance humaine, à travers des disciplines scientifiques et des disciplines expérientielles, pour parvenir au meilleur résultat possible.

Pourquoi une approche transversale est-elle essentielle pour comprendre le mental humain ?

Nous avons déjà évoqué que le système nerveux qui abrite le mental est au carrefour du corps et de l’esprit, de la matière et de la lumière, un organe et le siège de l’âme… en tout cas selon les termes anciens qui nous ont accompagnés pendant des millénaires. Le système nerveux est un sujet idoine pour une approche transversale !

De nos jours, alors que nous sommes éclairés par les connaissances des neurosciences, nous pouvons remettre en cause ces images. C’est évidemment à travers l’activité de son cerveau que l’humain a donné jour aux deux grands domaines de la connaissance ! Ces deux domaines font écho aux deux systèmes parallèles de la pensée humaine, l’un rapide et intuitif, l’autre lent et analytique, que Daniel Kahneman (Prix Nobel 2002) décrit si bien dans son livre Système 1, système 2 : les deux vitesses de la pensée.

Chacun utilise à sa manière ses deux systèmes. Certains, par leur tempérament ou leurs talents, seront plus enclins à ne se servir que du système 1, faisant appel à leur mémoire et à son empreinte émotionnelle, s’appuyant d’abord sur leurs ressentis. D’autres préféreront s’en remettre à leur système 2, ne faisant confiance qu’à leurs raisonnements logiques et analytiques. Mais si ces deux systèmes existent, c’est que la meilleure des solutions ne peut être trouvée que lorsqu’ils collaborent.

L’intelligence de l’approche transversale est de coordonner ces deux systèmes pour les faire travailler ensemble et trouver la meilleure solution à l’enjeu qui se présente. L’approche transversale se nourrit de cette complémentarité pour établir d’abord un constat exact, puis une solution pratique qui répond aux différents aspects du problème.

Chaque discipline vous livre une réalité partielle

Imaginez que cinq personnes découvrent le même fruit en utilisant chacune un seul de ses cinq sens, et pour chacune un sens différent. La première ne le découvre que par la vue, la deuxième par l’odeur uniquement, la troisième par le goût, la quatrième par le toucher, la cinquième par l’ouïe… Pourraient-elles se faire une idée précise de la réalité du fruit ? Pourraient-elles se mettre d’accord sur sa qualité ?

L’approche transversale, c’est établir des ponts entre les disciplines

Mettre cinq ou six disciplines bout à bout produit cinq ou six expériences successives, et laisse à l’apprenti le travail de les ordonner, de les relier, de mettre en correspondance les concepts utilisés dans chacune, et c’est précisément ce qu’il y a de plus difficile.

C’est d’ailleurs ce qui se passe le plus souvent dans le cadre de la recherche du bien-être : on fait du yoga, on lit un livre de neurosciences, de psychologie ou simplement de développement personnel, on suit un stage de méditation, on s’inscrit à une conférence, on consulte un thérapeute, un psy ou un coach, et… chacun de ces apports reste dans son univers, délivrant un résultat partiel.

Une approche transversale fait trois choses de plus :

Elle ordonne les apports. Les disciplines ne sont pas interchangeables et ne répondent pas au même besoin, même si elles participent toutes à améliorer le bien-être.

Elle établit un langage commun. Les disciplines emploient des mots différents pour des réalités voisines, et parfois le même mot pour des réalités différentes. Sans table de correspondance, le passage d’une discipline à l’autre nécessite un effort massif qui décourage les candidats apprentis. À l’inverse, un langage commun permet un gain de temps et d’efforts, et de passer allègrement d’une discipline à l’autre.

Elle assume que les disciplines ne proviennent pas du même domaine. C’est un point délicat, et en même temps le plus intéressant, car elle permet de remettre chacune des disciplines à sa juste place.

Deux mondes qui se parlent peu…

Comme nous l’avons vu plus haut, les intuitifs et les logiques ne s’appuient pas sur le même système de pensée, et ne s’attachent pas aux mêmes disciplines. Il existe des connaissances établies par la méthode scientifique, mesurables et reproductibles. Il existe aussi des savoirs issus de la pratique, transmis parce qu’ils fonctionnent statistiquement, dans la grande majorité des cas, sans que l’on sache toujours expliquer pourquoi.

Ces deux mondes se fréquentent peu. Le premier reproche volontiers au second son manque de preuve, le second reproche au premier de passer à côté de l’essentiel : l’incarnation.

Une approche transversale, en toute humilité, ne choisit pas un camp, et le fait pour autant sans naïveté. Elle garde les apports de l’expérience qui ont été suffisamment éprouvés, et même quelquefois soumis à l’épreuve de la science.

Dans le cadre des pratiques de bien-être, la méditation de pleine conscience en est l’exemple le plus net. Issue de la tradition méditative bouddhiste, élaguée de toute référence religieuse et réduite à ses techniques attentionnelles dans les années 70 aux États-Unis par des médecins comme Jon Kabat-Zinn, elle est étudiée en milieu hospitalier depuis quarante ans, et ses bénéfices ont fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Elle appartient aujourd’hui aux deux mondes.

Pourquoi une approche transversale est-elle obligatoire dans le cadre d’un apprentissage ?

L’apprentissage, au contraire de la formation, allie la théorie à la pratique, la technique au geste. Il s’agit de comprendre, d’observer, de reproduire et de répéter pour intégrer totalement la façon d’agir comme un nouvel automatisme.

Les neurosciences nous ont permis de comprendre pourquoi ce processus est nécessaire. Il reproduit tout simplement celui de la neuroplasticité (plasticité neuronale), c’est-à-dire la façon dont les neurones s’organisent pour permettre d’acquérir un nouveau geste dans un souci de rapidité et d’économie d’énergie.

Le cerveau est bien à la croisée du corps et de l’esprit. Un effort d’attention permet d’observer, une prise de conscience permet de comprendre, une analyse permet de décider volontairement, un effort de synchronisation permet de mettre en place un nouveau geste, la répétition permet de l’intégrer et de l’automatiser.

L’apprentissage demande la contribution de disciplines de domaines différents : certaines du monde de la science pour comprendre et décider, d’autres du monde de l’expérience pour observer, synchroniser et répéter.

Ce qu’une approche transversale n’est pas

Ce n’est pas un mélange. Chaque discipline conserve son identité, ses méthodes et ses limites.

Ce n’est pas du relativisme. Dire que plusieurs disciplines éclairent un sujet ne revient pas à dire qu’elles se valent toutes sur tout.

Ce n’est pas de l’éclectisme. On ne prend pas un peu de tout selon l’humeur. La sélection et la place obéissent à un objectif précis.

Ce n’est pas une nouveauté. La pensée transversale a une histoire et des théoriciens, comme Edgar Morin. Elle est aujourd’hui pratiquée en médecine, en écologie et en sciences de l’éducation, sous des noms variés.

Chez NeuroReflexivity

La transversalité est le parti pris fondateur de NeuroReflexivity.

Un, parce que NeuroReflexivity se consacre à la compréhension du cerveau et du système nerveux, sujet idoine de la transversalité à la croisée du corps et de l’esprit.

Deux, parce que NeuroReflexivity est un apprentissage, et à ce titre doit obligatoirement combiner théorie et pratique à travers des disciplines scientifiques et expérientielles.

NeuroReflexivity est un parcours d’apprentissage pour transformer en profondeur sa façon de réagir face aux enjeux qui se présentent à soi ou que l’on se crée soi-même, dans l’objectif d’atteindre un état de bien-être durable.

À ce titre, NeuroReflexivity mobilise les apports complémentaires de plusieurs disciplines, tant du domaine de la science que du domaine de l’expérience, en les plaçant au moment opportun pour faire cheminer l’apprenti de la compréhension à l’observation en soi, puis de l’observation en soi à la décision de transformation, et enfin de la décision de transformation à l’incarnation au quotidien :

  • les neurosciences permettent de comprendre les principes de fonctionnement du mental,
  • la psychologie des émotions permet de se reconnecter à ses ressentis,
  • la CNV permet d’apprendre à exprimer son intériorité de façon assumée, pour savoir demander et recevoir de l’aide,
  • la pleine conscience permet d’apprendre à observer ses pensées sans jugement,
  • les TCC permettent de questionner ses schémas et de s’ouvrir de nouvelles possibilités de réaction,
  • la PNL permet enfin de s’entraîner à incarner les nouveaux acquis et le nouvel alignement trouvé au quotidien, source de bien-être.

Grâce à l’usage d’un langage commun, la circulation entre les six étapes du cycle peut se faire sans effort, et permet d’intégrer « sous un même toit » les principes de six disciplines fondamentales pour le bien-être de ses apprentis.

Pour aller plus loin

  • Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, 1990. Sur les limites du découpage disciplinaire et la nécessité de relier les savoirs.
  • Daniel Kahneman, Système 1, système 2 : les deux vitesses de la pensée, 2011 (Prix Nobel 2002). Sur les deux modes de pensée qui coexistent dans notre fonctionnement mental : rapide et automatique d’un côté, qui utilise plutôt les capacités mémorielles ; lent et volontaire de l’autre, qui utilise les capacités analytiques.
  • Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1934 (Prix Nobel 1921). Sur la démarche de la recherche scientifique et la rencontre de l’empirisme et de la raison.

Questions fréquentes

Transversal, pluridisciplinaire, holistique, intégratif : quelle différence ?

Les mots se recoupent et l’usage est flottant d’un contexte à un autre. Transversal insiste sur le passage de l’une à l’autre des disciplines, donc sur ce qui les relie. Pluridisciplinaire décrit en général la juxtaposition de plusieurs disciplines sur un même objet, chacune gardant sa méthode. Holistique signifie que l’approche s’intéresse à son objet dans sa globalité, mais le mot est malheureusement souvent utilisé de nos jours pour favoriser l’émergence de théories alternatives. Intégratif signifie que l’approche tend à unifier plusieurs éléments distincts au sein d’un même système cohérent. Ce terme étant employé en médecine pour désigner l’association de traitements conventionnels et de pratiques complémentaires, NeuroReflexivity a préféré le terme transversal pour ne pas créer de confusion. NeuroReflexivity n’est pas une thérapie. C’est un apprentissage de prévention en bien-être et santé mentale. Son cadre référent est celui de la santé intégrative.

Une approche transversale, est-ce plus compliqué ?

C’est en effet plus exigeant. Rester dans une discipline permet d’avoir l’impression d’avancer plus vite, mais la vision ne reste que partielle. L’approche transversale est simplement nécessaire pour un sujet complexe. Traverser oblige à une plus grande flexibilité psychologique et une plus grande humilité pour accepter les apports de chaque discipline à une solution commune.

À retenir

  • Une approche transversale s’appuie sur plusieurs disciplines au lieu d’en approfondir une seule, pour apporter la solution la plus efficace à un sujet complexe.
  • Le mot vient du latin transversus, tourné en travers : elle coupe à travers les colonnes au lieu d’en créer une.
  • Elle s’impose quand le sujet lui-même est à la croisée de domaines d’ordres différents, ce qui est le cas du système nerveux, carrefour du corps et de l’esprit.
  • Une approche transversale se singularise par trois choses : elle assume que les disciplines ne proviennent pas du même domaine et les positionne à leur juste place ; elle ordonne les apports pour donner une clé supplémentaire dans une progression intégrative ; elle établit un langage commun entre les disciplines.
  • Un apprentissage demande la contribution de disciplines de domaines différents : certaines du monde de la science pour comprendre et décider, d’autres du monde de l’expérience pour observer, synchroniser et répéter.
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